Une tragédie américaine

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Livre emprunté à la bibliothèque de Montréal fin mars 2018. Lu les 86 premières pages le soir du 6 avril, presque tout le 11e chapitre du volume 1. Et deux jours plus tard, le 9 avril en après-midi, je refermais la dernière page de mon gros bouquin.

Trois belles journées à lire. Je n’ai pratiquement fait que ça. Faisait gris dehors, c’était le week-end. J’avais vaguement le cafard, pas envie de sortir, n’attendais personne. J’ai donc opté pour une immersion totale dans l’univers dreiserien et j’ai lu.

Vers la fin, je n’ai que survolé les discours moralisateurs des juristes [procès] et des curés [prison]. P’us capable ! Leurs prêchi-prêcha hypocrites me donnaient la nausée et j’étais convaincue que si je lisais tout, ça me couperait net l’envie d’écrire un compte-rendu pour les Carnets rouges.

Dans ce volumineux roman divisé en trois volumes, l’histoire est racontée comme au cinéma. Ils en ont d’ailleurs tiré quelques films, dont le célèbre Une place au soleil avec Elisabeth Taylor et Montgomey Clift [Georges Stevens, 1951]. Pendant la lecture, j'avais parfois l'impression d'être assise devant un écran, tant les descriptions détaillées traduisent une réalité crue, évoquant des images choquantes ou bouleversantes.

Dreiser débute l’histoire en présentant la famille d'un prédicateur « américain », qui avec sa femme et leurs quatre enfants chantent des cantiques dans une rue de Kansas City dans le but de glaner quelques sous et d’attirer des fidèles vers leur mission. L'auteur déplace ensuite sa caméra sur la fille ainée de 15 ans qui quittera bientôt le taudis familial pour suivre un acteur de passage. Une fois cette mise en place faite, on se tourne vers le fils Clyde, qui a douze ans et qui déteste chanter dehors, qui déteste la pauvreté, et qui n’est pas très heureux dans cette famille. L’adolescent cherche des réponses aux questions qu’il se pose sur la vie et la vie à Kansas City. Pour échapper au pitoyable cirque familial, il se mettra en quête d’un travail. Et finira par trouver un petit boulot qui va vite le décevoir et puis il dénichera autre chose : un poste de groom dans un hôtel de l’endroit où il se fera un meilleur salaire et des pourboires. Il se croira riche, découvrira l’alcool, le bordel mais ne s’y sentira pas « à sa place », et se cherchera bientôt une petite amie pour plus de commodité. Superficiel et arriviste, il attachera beaucoup d’importance à son image et à sa réputation. Il apprendra à mentir pour camoufler ses revenus et ses nouveaux vêtements à sa famille. Il va bientôt devoir fuit et changer d'identité, trouver une place chez un oncle riche et s’amouracher d’une ouvrière qui va tomber enceinte et qu'il va laisser tomber (le coup classique) quand il y aura le coup de foudre pour une fille riche et les mondanités. C’est ainsi que de déconvenues en malchances et revirements divers, l’histoire de Clyde finira mal, très mal.

Une Tragédie américaine est un livre écrit comme un long long long, trop long documentaire social et policier portant sur la société américaine états-unienne de ce qui semble être la première moitié du vingtième siècle, l’auteur ne donnant pas de précisions là-dessus. Pas beaucoup aimé. Par contre, je m’explique très bien pourquoi j’ai lu jusqu‘à la toute dernière page. J’ai espéré jusqu’à la fin que le protagoniste rencontre une autre fin que la sienne. Que le fameux destin soit brisé, annulé. Mais l’horreur a suivi son cours.

C’est le genre de livre duquel on ne peut sortir qu'avec une immense nausée. Comment se fait-il que des millions, des dizaines et des centaines de millions d’êtres humains se laissent dicter leur conduite intime et personnelle [nourriture, habillement, sexualité, etc.] par des religions, qui sous prétexte de « vouloir leur bien » spirituel les privent impunément de leurs biens matériels, de leur intégrité ou de leur vie. L’ignorance ? Tu lis ça et tu te dis : rien n'a changé. Ce que Dreiser écrit, ça arrive encore tous les jours, et en pire. Le mythe du self-made man a la vie dure. Faut devenir riche à tout prix. Leur vrai dieu est le pouvoir d'écraser le plus de monde possible avec du cash et des armes. Faut tuer ceux qui menacent le trésor. Au nom de la religion et de la morale. Et c’est ce que décrit Dreiser : les pauvres croient que les riches sont automatiquement porteurs et garants des plus hautes qualités morales et de la vertu. Avec l'argent on s'achète un rang social et le salut éternel. C'est ce que croyait Clyde. Ils ne l'ont pas laissé entrer dans le cercle. Il avait pourtant tout essayé.

En 3 mots, la lecture de ce livre fut une expérience :

  • Intéressante
  • Fatigante
  • Stressante
Titre : Une tragédie américaine.
Auteur : Theodore Dreiser [1871-1945].
Genre : Roman.
Traduction de l'anglais : Victor Llona.
Traduction revue et corrigée par Victor Loupan.
Maison d'édition : Groupe Artège, Éditions Motifs, Monaco.
Date de publication : 2015.
Nombre de pages : 924.
ISBN : 979-10-95071-01-3.

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