...le goût du vert en désordre

Paula Modersohn-Becker, racontée par Marie Darrieussecq :

Ce livre offre à lire beaucoup plus qu'une biographie ordinaire. Pourquoi ? Et pourquoi avoir sélectionné tous ces passages, me direz-vous ? Parce que.

Extraits choisis :

Page 10 :

Paula Modersohn-Becker écrivait dans son journal, le 24 février 1902, cinq ans avant sa mort : « J'ai souvent pensé à ma tombe... Elle ne doit pas avoir de tertre. Il faut juste un rectangle avec des oeillets blancs autour. Et autour encore, un modeste sentier de graviers, lui aussi bordé d'oeillets, et un treillis de bois, tout simple, pour porter l'abondance des roses. [...] Peut-être aussi, à la tête de ma tombe, deux petits genévriers, et entre les deux une tablette de bois noir avec juste mon nom, pas de date, pas d'autres mots. C'est comme ça qu'il faudrait que ce soit... Et je voudrais aussi qu'il y ait un bol où les gens déposeraient des fleurs fraîches. »

Page 12 :

Les « prémonitions » de Paula l'ont figée en personnage romantique : la Jeune fille et la Mort. Dans ses très jeunes années, quand elle décrit les tableaux qu'elle a en tête, elle hésite à peindre des danses ou des funérailles, blanc éclatant et rouge assourdi... « Et si seulement l'amour veut bien éclore pour moi, avant que je m'en aille ; et si je peux peindre trois bons tableaux, alors je m'en irai contente, des fleurs dans les cheveux. »

Paula est jeune éternellement. Il reste d'elle une douzaine de photos. Petite, menue. Les joues rondes. Des taches de rousseur. Un chignon flou, la raie au milieu. « D'un or florentin », dira Rilke.

Page 53 :

Paula est née et morte dans une Allemagne innocente. Un pays « grand, simple et noble », comme l'écrit Rilke au couple Modersohn pour ses voeux.

Page 77 [dans une lettre à sa mère...] :

« Mère, pardon pour cette lettre peu ponctuelle [...]. Il n'y a de place pour rien d'autre que ma dévotion au travail. C'est l'aube en moi, et le jour approche. Je vais devenir quelqu'un. [...] Je n'aurai plus à avoir honte et à rester silencieuse, et je sentirai avec fierté que je suis peintre. Je viens de finir un portrait d'Elsbeth, dans le verger des Brünjes, avec des poules qui courent et, à côté d'elle, une immense digitale en fleur. »

Page 86 [après son mariage avec Otto Modersohen, la vie quotidienne, vers l'été 1903] :

Autour de la maison elle a planté des rosiers, des tulipes, des oeillets, des anémones. Elle arrose, désherbe, a les ongles noirs. [...] Les fleurs fragiles, elle les tuteure avec des chiffons de couleur. Elle a rapporté de Meudon le goût du vert en désordre, ne veut pas d'un jardin allemand. [...] Au centre du jardin, elle place un grand globe de verre, qu'on retrouve dans certains de ses tableaux, étrange et féérique.

Page 88 :

Sur une photo de l'hiver 1904, elle est assise dans son atelier, sur son canapé à fleurs de lys.

Page 101 :

Journal, 24 février 1906 : « J'ai quitté Otto Modersohn et je me tiens entre mon ancienne vie et la nouvelle. ...»

Page 121 [attention : ceci fut le premier tableau d'une femme nue peint par elle-même, selon M. D.] :

Au musée Modersohn-Becker, son musée de Brême, il y a son autoportrait le plus célèbre, celui dont on parle quand on parle d'elle. Nue jusqu'aux hanches, debout de trois quarts, grand collier d'ambre et petits seins pointus, son ventre est gonflé. Une grossesse de quatre ou cinq mois. Elle a, exceptionnellement, écrit une phrase au bas de la toile : « J'ai peint ceci à l'âge de trente ans, à l'occasion de mon sixième anniversaire de mariage, P.B. »

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Intéressant, Marie Darrieussecq rapporte ce que Paula Becker lisait :
  • Nietzsche
  • Le Journal de Marie Baskirtseff
  • Les pièces d'Ibsen
  • Knut Hamsun : Pan
  • Niels Lyhne, de Hans Peter Jacobsen
  • Hugo : Notre-Dame de Paris
  • La Correspondance de Goethe avec une enfant, de Bettina Brentano.
  • Noa Noa de Gauguin
  • L'Oeuvre de Zola

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Et Darrieussecq mentionne en outre nombre d'oeuvres et d'auteurs, me donnant ainsi le goût de les lire et relire :
  • Les cahiers de Malte Laurids Brigge [et autres Rilke, dont ses Journaux de jeunesse [pour lire cette lettre-feuilleton à Lou Andreas-Salome], le fameux Requiem pour une amie écrit pour Paula, sans oublier Notes sur la mélodie des choses, une découverte]
  • Lou Andreas-Salomé et Freud
  • Tolstoï
  • George Sand
  • V. Woolf
  • Nietzsche
  • Primo Levi
  • Kafka
  • Schiller
  • Thomas Mann